OSCAR NIEMEYER : DE LA COURBE AU COSMOS – di Pauline Magdeleinat

fonte: SapienzArt le 20 décembre 2012 (sapienzart.com)

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niem-2-nbL’éminent architecte brésilien Oscar Niemeyer s’est éteint le 5 décembre dernier, à quelques jours de son anniversaire : il allait avoir 105 ans.

C’est un œuvre monumental qu’il laisse derrière lui, qui mérite d’être revu et décrit à nouveau, même si lui l’aurait balayé d’une main franche, conformément à sa philosophie : « tout ça n’a pas d’importance ».

Ce n’était pas la marque d’un excès de fausse humilité, de celles qui distinguent les grands artistes des grands hommes, mais bien une leçon à saisir pour qui voulait l’entendre.

Trop conscient peut être de son inexorable condition et de la relativité de ce qu’un homme peut laisser, quelques traces « vouées à disparaître », Niemeyer préférait s’attacher aux grandeurs de l’univers, à l’infini du cosmos.

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Pourtant, si l’implacable lucidité est l’apanage des pires angoisses, lui n’était pas pessimiste ! Son esprit s’était armé d’une contrepartie tangible : « l’homme est sans perspectives (…) mais il doit savoir que l’important c’est la vie, les amis et ce monde injuste que nous devons améliorer ».

À l’heure de la rétrospective, le rappel d’une telle conception des choses permet de donner le ton. Car Niemeyer, c’est avant tout Brasilia, une ville entière qui lui fut commandée au milieu d’un désert, et dont à l’âge de trente-quatre ans il dessina les grands ouvrages.

Il fit de cette deuxième capitale du Brésil, inaugurée en 1960, une métropole unique : à la fois moderne et futuriste. Plus tard, celle-ci était classée patrimoine mondial de l’humanité et l’année suivante il recevait le prix Pritzker.

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En rupture avec Le Corbusier dont il avait été l’élève, sa forme était la courbe, celle du corps des femmes, des paysages de son pays : des lignes souples et légères pointant vers le ciel. Architecte organique, sensuel, maître de la suspension, il repoussait de tête les limites de sa matière : le béton armé.

Un temps exilé en France, il y a laissé une vingtaine d’œuvres dont le siège du Parti Communiste Français et celui du journal l’Humanité.

Militant ? Convaincu. Utopiste ? Peut être… Quoique d’aucuns aient reproché à sa ville et à ses concepts de n’avoir pas résisté à des dérives certainement plus globales. Une critique plus objective en revanche est que certaines de ses œuvres vieillissent moins bien que d’autres.

Avec le temps, sa vue s’est estompée. Il n’a pourtant cessé de concevoir et de dessiner durant toute sa vie, enfermé seul dans son bureau en silence.

Parmi les six cent ouvrages réalisés dans le monde, auxquels il convient d’ajouter une vingtaine de projets en cours et donc à venir, il faut citer le siège de l’ONU à New-York, immortalisé par Hitchcock dans La mort aux trousses ; la cathédrale de Brasilia, tant pour sa structure époustouflante que pour son coeur divin (et Niemeyer était athée) ; l’extraordinaire centre culturel international d’Aviles ; le Musée d’art contemporain de Niteroi, gigantesque soucoupe plantée dans la mer ; la maison d’édition italienne Mondadori et le Palacio Tiradentes à Tancredo Neves.

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Cet homme et ses œuvres ont bien sûr nourri l’imaginaire des autres. L’un des derniers films documentaires, dans lequel il s’exprime longuement, est signé par le vidéaste italien Andrea Bezziccheri (Oscar Niemeyer – The naked architecture).

Également peintre et sculpteur (sous le pseudonyme de Franco Losvizzero, récemment exposé à Rome aux côtés de Pistoletto et Cucchi), l’artiste propose une mise en abyme de quelques-unes des problématiques fondamentales de la création. Il met en scène un itinéraire – intérieur – celui d’un jeune architecte qui s’en va interroger les disciples de son modèle. Fort de ces témoignages, il parcourt le monde à la recherche de ses œuvres jusqu’à enfin le rencontrer.

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Il le questionne alors sur l’équilibre entre forme et contenu, sur la civilisation et le progrès, sur le rapport entre fonction et beauté, entre beauté et esthétique. Les réponses qu’il recueille sont celles d’un siècle d’existence et c’est une passion intacte qui transparaît.

Avec tout l’enthousiasme qui est le sien, Niemeyer lui offre sa synthèse : « on peut parler d’art si et seulement si deux conditions sont réunies : lorsque l’œuvre à la fois étonne et émeut ». Et un ultime conseil, qui ramène en quelques sortes au cosmos : « il ne suffit pas à un étudiant en architecture d’étudier et de se diplômer… il faut lire – un roman suffit pour nourrir une discussion – s’informer sur les événements sociaux et sur le monde, se battre contre les injustices. Je crois que celui qui descend protester sur la place publique fait quelque chose de bien plus important que moi ».

À sa mémoire nous formulerons un vœu : que comme lui, chaque homme puisse devenir éternel apprenti, sincèrement soucieux des autres, amoureux de l’univers.

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Pauline Magdeleinat

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