Le narcissisme est bleu – de Maritro de Lyrvehc

fonte: Maritro de Lyrvehcquatremotssurunclavier.wordpress.com

Blue Jasmine, film de Woody Allen, avec Alec Baldwin, Cate Blanchett et Sally Hawkins, sorti en France le 25 septembre 2013

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Woody Allen au sommet de son art….le meilleur de ses films…cinq étoiles pour plus de la moitié de la presse critique : les compliments abondent et se ressemblent. Pour moi, j’avoue ne pas monter aussi haut les marches de l’Eloge.

    Attardons-nous quelque peu sur le destin qui nous est raconté. Jasmine a été mariée avec un millionnaire, qui lui offrait un style de vie incroyable : robes Chanel, coktails face à la mer, demeures de luxe, bijoux somptueux…Jasmine brille sans rayonner et joue son rôle à sa perfection, si tenté qu’elle s’aperçoive une seconde de son rôle. « La richesse, ça n’a rien d’honteux », n’est-ce pas? Lorsqu’il se révèle un escroc, tout s’effondre et Jasmine vient tranquillement squatter chez sa sœur, nommée Ginger, qui elle mange des boîtes des raviolis, s’habille mal et boit de la bière en compagnie de son compagnon devant des matchs de foots.

      Elles sont sœurs, mais adoptées. Tout les oppose. Le contraste entre les deux mondes aurait pu être caricatural et insupportable, mais curieusement on l’accepte sans agacement, quoique les flash-back sur l’ancienne vie de Jasmine ne fassent que l’accentuer davantage. Et voici que Jasmine doit évoluer dans un milieu qu’elle méprise, devenir secrétaire d’un dentiste par trop entreprenant, tandis qu’elle fera tout pour monter sa sœur contre ses amis beaufs en l’assurant qu’elle vaut mieux qu’eux, lui faisant miroiter qu’une autre vie (plus riche ?) est possible.

    L’argent, voilà ce qui détermine tout, déterminent les vies de ces sœurs improbables. Le milieu encore plus. Jasmine- Jeannette de son vrai nom- est incapable de vivre autrement, incapable de ne pas voyager en 1ère classe en avion alors qu’elle est ruinée, incapable d’envisager la possibilité d’une autre existence. Si elle croit y arriver auprès du bel avocat, empilant mensonges sur mensonges enrobés de sourires, tout s’effondre devant la vitrine où la bague de fiançailles, signe d’une promesse d’une vie nouvelle, va être achetée d’une seconde à l’autre. Son ex- beau-frère, qu’elle avait ruiné au temps de sa gloire, passe fortuitement devant eux et révèle tout au futur promis. De même, Ginger qui aime sincèrement son gentil malabar, se brise les ailes quand elle tente d’échapper à son humble quotidien dans une aventure avec un homme qui n’est autre qu’un obsédé. Les deux sœurs reviennent à la fin du film à leur point de départ. Déterministe mais réaliste ?

    Cependant, tout n’est pas si simple. La critique de l’ hypocrisie élégante et écoeurante d’un milieu richissime est d’autant plus acerbe qu’on croit déceler une certaine tendresse dans le tableau de l’existence de Ginger, sa maison décorée de tableaux un peu kitschs, ses coiffures improbables (et moches), ses amis pas très fins mais fidèles. D’autre part, Jasmine a choisi elle-même de briser sa vie. Non seulement, elle a vécu pendant des années en sachant que l’argent de son mari était sale (le montage s’en amuse avec ironie : Jasmine affirme à sa sœur qu’elle ignorait tout, et aussitôt un flash-back nous montre une conversation démontrant l’inverse), mais elle a dénoncé son époux par pure jalousie et vengeance. C’est donc elle qui a choisi de briser son destin. Qu’imaginait-elle ? Retrouver tout simplement un autre millionnaire alors que tous ses amis se détournaient d’elle ? Ou a-t-elle dans un élan de désespoir sincère refusé une vie qui l’écoeurait ? La deuxième hypothèse est fort peu vraisemblable car c’est bien le narcissisme de Jasmine qui s’étale sur l’écran durant une heure et demie. De telle sorte qu’aucune compassion -pour moi en tout cas – n’est possible.

     Le film est brillant : sa composition est subtile, les plans élégants, le jeu des acteurs excellents (on a salué surtout Cate Blanchett, mais Sally Hawkins le mérite tout autant). Mais il laisse un arrière-goût de déprime. Jasmine ne changera pas, au contraire sa personnalité se noircit au fur et à mesure qu’elle est révélée au spectateur. L’humour et la légèreté de Woody manque. Evidemment, on objectera que le film est bien meilleur que le gentillet Minuit à Paris. Cela dépend si l’on a besoin de fraîcheur ou du tableau d’une femme paumée qui restera paumée parce qu’elle est incapable de penser une seconde à autre chose qu’à son petit égo. Ce qui d’ailleurs la conduit à ne parler plus qu’à elle-même, seule dans la rue, prise pour une psychopathe par les passants. Blue comme le rêve ou la folie ?

   Oui, j’aurais pu plaider pour cette héroïne qui se noie sous les antidépresseurs pour fuir la destruction de son existence. Ou me féliciter de voir l’humble Ginger retrouver les pièces de son bonheur quand la richissime Jasmine ne les a jamais trouvés. Mais je ne sais pourquoi, mais le goût amer demeure. Peut-être par peur de pouvoir reconnaître dans ce narcissisme nos propres éclats égoïstes?

Maritro de Lyrvehc

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